Plongée contre-plongée dans le prisme de la photographie : Argentique versus Numérique

Plongée contre-plongée dans le prisme de la photographie : Argentique versus Numérique

Comment se démarquer dans le monde de la photographie numérique ? Comment appréhender et débuter dans la sphère de l’argentique ?

Aujourd’hui, de manière simple et abordable, je vous propose une plongée contre-plongée dans le prisme de la photographie en comparant deux points de vue, celui de Corinne, 50 ans, passionnée de photographie numérique, et Clara, 19 ans adepte de la photographie argentique.

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Depuis quand pratiques-tu la photographie ?

▬▬ Clara – Argentique

Cela fait déjà 4 ans que j’ai embarqué dans l’aventure photographique.

Déjà à l’époque du collège j’accompagnais une amie dans ses sorties photos et je me suis souvenue que mon grand-père possédait un certain nombre (une quinzaine) d’appareils photo. Son statut de chercheur et de professeur en sciences naturelles l’avait amené à se lancer dans la photographie, notamment la macrophotographie dans le milieu botanique ; une passion qui tendait vers une certaine reconnaissance puisqu’il publiait également ses photos dans certaines revues et participait à divers concours. Il a commencé par me prêter des appareils numériques en me laissant libre dans mon apprentissage, puis 2 ans plus tard, j’ai décidé de me rapprocher de l’argentique.

© Clara Hugueney | Photo argentique

 

▬▬ Corinne – Numérique

Je suis une néophyte qui s’est mise à la photo par accident, relativement tard mais de façon intense !

Etant depuis toujours attirée par l’art, je dirais même par les arts, j’ai posé mon premier pied dans l’écrin artistique en composant et en jouant de la guitare, une tentative musicale très intéressante. Puis, je me suis dirigée vers la peinture avec des reproductions, mais la patience que nécessite cette pratique n’a pas répondu à mon attente de l’époque. Mon histoire avec la photo, c’est un peu une histoire d’amour. Elle a commencé avec des photos de famille classiques, des photos de vacances, puis crescendo elle a évolué vers des photos de paysages, des portraits, des endroits atypiques et des scènes de vie.

 

Quel a été le déclic ?

▬▬ Clara – Argentique

En terminal, lors d’une soirée entre amis, un de mes acolytes en possession d’un appareil photo argentique nous a proposé un petit shooting. Suite à cette séance imprévue de photo de nuit avec flash et double exposition, il m’a transmis les photos et j’ai tout de suite été conquise par le rendu esthétique des clichés. Trois mois plus tard j’ai commencé l’argentique avec  l’un des appareils de mon grand-père.

La passion a très rapidement pris le dessus sur la simple activité, et désormais je pense photo chaque jour.

 

▬▬ Corinne – Numérique

Je me suis mise à prendre des photos de manière très régulière notamment lorsque je me retrouvais dans un lieu inconnu et c’est finalement l’achat d’un  appareil photo plus coûteux mais plus performant qui m’a donné envie de m’investir plus sérieusement dans cette pratique qui est devenue une véritable passion.

La photo dite  « humaniste » (scène de rue, scène de vie, portrait d’inconnus) a très rapidement emboîté le pas sur la photo de paysage, les différentes populations et l’exotisme qui ne cessent de m’interpeller.

 

© Corinne RZ Photographie | Photo numérique

 

Qu’est ce qui t’attire le plus ?

▬▬ Clara – Argentique

L’esthétique en premier lieu : le rendu, le grain, les couleurs, les contrastes plus prononcés qu’en numérique. L’argentique donne un côté « vintage », l’impression d’un voyage dans le temps. J’ai réalisé que c’est une philosophie totalement différente, les questions concernant la sélection des photos et les retouches ne se posent même pas ! Alors qu’avant je pouvais prendre jusqu’à 10 000 photos en numérique lors d’un voyage, actuellement je ne dépasse pas les 1000 photos. L’utilisation de l’argentique m’a fait prendre de la distance et m’a suggéré de nouvelles habitudes…

 

▬▬ Corinne – Numérique

C’est avant tout l’idée de capturer un instant, celui que je vis à l’instant T, afin de pouvoir le partager librement avec le plus grand nombre. Suite à mes échanges avec d’autres afficionados, qu’il s’agisse de photographes reconnus ou d’amateurs, il est fascinant de constater qu’au-delà d’une trace pérenne, la photographie représente avant tout un héritage, un témoignage de l’histoire, un morceau de vie, une essence culturelle, un regard échangé et c’est en cela qu’elle est fédératrice .

 

Quelles sont les différences entre le numérique et l’argentique ?

▬▬ Clara – Argentique

L’argentique ne s’appréhende pas de la même façon que le numérique.

Bien que l’appareil argentique m’apparaisse plus facile à régler, il faut être vigilant car il ne permet pas la visualisation de l’image sur un écran. Pour la petite anecdote, récemment j’ai eu 2 shootings le même jour. J’avais fait des réglages pour le premier shooting en fonction de la météo ensoleillée le matin, puis j’ai effectué le deuxième shooting sous un ciel couvert l’après-midi. Comme on ne visualise pas la photo en direct, je ne me suis absolument pas rendue compte que les réglages n’étaient plus adaptés à la lumière, et ce n’est qu’à la fin de la séance que je me suis souvenue de cette subtilité…!

© Clara Hugueney | Photo argentique

 

▬▬ Corinne – Numérique

Pour certains passionnés, la photo de qualité n’est envisageable qu’avec l’argentique qui, je pense, s’adresse majoritairement à des personnes initiées, bien que chez quelques puristes, je constate le retour de cette technique plus ancienne et surtout plus exigeante…

En tant que néophyte, le numérique m’est apparu comme un outil plus facile qui me permettrait d’évoluer tranquillement sans une maîtrise parfaite des techniques mais avec la volonté de transmettre une cascade d’émotions. Même si j’ai beaucoup de respect pour l’argentique, force est de constater que le numérique a ouvert l’immense forteresse de la photographie à tous.

 

Quels sont tes conseils pour nos futurs amateurs ?

▬▬ Clara – Argentique

Dans l’argentique il n’y a pas beaucoup de modèles neufs qui sortent sur le marché, on parle plutôt d’une évolution des marques tels que Canon, très présent sur le marché de l’argentique et Minolta représenté en fait par Sony. Vous trouverez difficilement un appareil photo argentique dans les grandes enseignes, il s’agit de chiner et de prospecter sur les sites de revente, les magasins de photos spécialisés, les brocantes ou encore mieux dans son entourage. À noter que vous pourrez également changer votre objectif sur un argentique, pour ma part l’utilisation d’un seul objectif (12-85 mm) me suffit. Il n’y a pas de règle à suivre mais je conseille vivement de se faire la main avec un numérique avant de conquérir l’argentique en autodidacte.  De toute façon, vous ne risquez pas grand-chose avec l’achat d’un appareil à 50 € et le développement de la pellicule en noir et blanc est presque gratuit si vous le faites par vous- même.

 

▬▬ Corinne – Numérique

Si l’on décide de s’adonner à cette activité, cela doit être fait avec plaisir, c’est un impératif. Qu’il soit numérique ou argentique il est important d’acquérir un appareil qui nous convienne et avec lequel on pourra évoluer sans se mettre de pression car il faut accepter de ne pas tout maîtriser tout de suite.  Je pense qu’il ne faut pas encenser ou dénigrer l’argentique tout comme le numérique car chaque pratique a ses adeptes. En tout cas dans la mesure où cela reste un loisir, il ne s’agit pas de se prétendre photographe professionnel, mais rester modestement dans l’échange et le partage afin de pouvoir s’épanouir dans cette passionnante activité artistique.
Aujourd’hui, je réalise que j’ai encore cette capacité à m’émerveiller entre autres devant un très beau paysage et pour rien au monde je ne voudrais également rater une occasion de saisir le vivant.

 

© Corinne RZ Photographie | Photo numérique

 

L’émotion ou la technique, qu’est ce qui prédomine ?

▬▬ Clara – Argentique

Je pense qu’il faut agir en fonction de son ressenti et ne pas se préoccuper de tout ce qu’on peut trouver sur la toile ou à travers les réseaux sociaux. Depuis 4 ans tout le monde me parle de différentes règles et me conseille de prendre un objectif 50 mm focale fixe offrant  un très beau bokeh. D’autres, vous diront que si vous utilisez le mode automatique, vous n’êtes pas un « vrai » photographe, mais qu’est-ce qu’un vrai photographe ? Je préfère prendre 2-3 vraies minutes avant de déclencher, en laissant vivre mes émotions et suivre mes envies, c’est aussi une manière de se démarquer.

© Clara Hugueney | Photo argentique

 

▬▬ Corinne – Numérique

Une photo réussie est celle qui transmettra les émotions du photographe. Cependant, il est difficile de trouver un équilibre entre émotion et technique. Quand je suis en situation académique, j’ai tendance à porter mon attention sur les réglages purs et en cela ce sont rarement mes plus belles photos. À contrario, quand je flirte avec la spontanéité pour capturer ce qui m’a captivé, mes clichés sont emplis d’une émotion sincère et d’une beauté naturelle qui démaquillent toutes les failles techniques.

 

As-tu des projets avec la photo ?

▬▬ Clara – Argentique

J’ai un projet qui me tient à cœur intitulé « friendly balcony »L’idée de prendre en photo uniquement des amis sur leur balcon m’a permis de délimiter un cadre sans m’éparpiller en  me fixant des objectifs précis. J’avais envie de prendre en photo des personnes qui comptent réellement pour moi  dans un lieu évocateur. Le balcon, au-delà de tous ses aspects esthétiques et décoratifs, est également le reflet d’une certaine tension entre l’intérieur et l’extérieur, le visible et l’invisible, l’intime et l’impersonnel. Il s’agit d’un lieu agréable synonyme de petites habitudes et dans lequel on a toujours cette envie de prolonger une nuit d’été ou une discussion effrénée.

La plupart de mes connaissances sont souvent étonnées car ma première question est « t’as un balcon non ? » Certains trouvent cela intéressant, voir intrigant, d’autres sont parfois un peu plus réticents, notamment ceux qui ne font pas de photos et qui par conséquent ont du mal à se retrouver face à l’objectif. Cependant, je ne force jamais personne, chacun doit y trouver du plaisir et cela me fait énormément plaisir de pouvoir proposer cette exposition.

Ce sont des photos qui n’ont pas la place dans les réseaux sociaux et qui par conséquent ne seront visibles que par mes amis et lors d’expositions.

 

▬▬ Corinne – Numérique

J’ai l’opportunité d’exposer le 13 octobre à l’Epictural (Lyon 2ème) une série de photos prises lors d’un magnifique « voyage photo » à Cuba, une expérience unique qui a confirmé mon attrait pour la photo de rue. L’objectif de cette exposition est de partager ce que j’ai vu et vécu, des instants forts en émotion, enrichissants et colorés, à l’image du peuple cubain. Je serai accompagnée lors de cette soirée par Elle-K une talentueuse DJ lyonnaise que j’apprécie beaucoup et Julien aka Nos un des excellents slameur du Cercle des Poètes à la Rue.

Il faut savoir que Cuba est en pleine mutation et on est tout de suite interpellé par ce contraste saisissant qu’il peut par exemple y avoir, entre une ville comme La Havane et ces petits ports de pêche tel que Puerto Esperanza. J’ai pu appréhender la diversité de l’île avec indissociable, le poids présent de son histoire et de sa situation passée et actuelle complexes. Au-delà des paysages fabuleux, j’ai vraiment été bouleversée par le peuple cubain qui malgré ses différentes blessures, m’a offert un accueil chaleureux. L’atmosphère qui s’en dégage est si particulière qu’elle ne peut que révéler un cadre propice à la photographie et le fait d’être accompagnée par un photographe cubain m’a facilité les choses. Cependant, il n’est pas possible de photographier certains sites appartenant à l’état par exemple.

Pour photographier la population, la plupart du temps je créais un lien avec les gens et leur demandais leur autorisation, une fois la confiance installée, j’attendais que la vie reprenne son cours et qu’ils vaquent à leurs occupations afin d’obtenir des photos les plus naturelles possibles. Il est évident que si l’on perd le côté spontané en demandant l’autorisation, c’est en revanche une marque de respect qui instaure la bienveillance.

 

© Corinne RZ Photographie | Photo numérique

 

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Vous l’aurez compris, que ce soit dans l’argentique ou le numérique, si vous souhaitez vous aussi devenir photographe amateur, lancez-vous ! Il y a de la place pour tous ! L’important est d’évoluer à son rythme, de se laisser du temps pour progresser et d’accepter ses erreurs. A la différence du professionnel dont c’est le métier et qui a reçu une  formation adéquate, l’amateur se fait plaisir et partage son engouement avec des personnes ayant le même intérêt pour la photographie…

© Crédits photo :
Clara Hugueney (photo argentique) | Instagram : @pu.urple
Corinne RZ Photographie (photo numérique)

 

 

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Gribouillant à mes heures perdues à Lyon, originaire d'Ardèche, mais citoyenne du monde avant tout, j'ai toujours porté en moi de nombreuses aspirations artistiques. Cependant, persuadée de mon incompétence, plus mon imagination me hurlait des mots doux, plus je m'astreignais à mettre mes ardeurs à la porte de moi même. Puis, les rencontres, les voyages, le hasard, la vie m'ont embarquée dans cette valse artistique spontanée et rythmée par le pouvoir de l'écriture , du dessin, de la peinture, de la musique...depuis je ne cesse de m'abandonner dans un monde onirique, sibyllin, végétal et poétique à travers le textile, la poterie, le bois ou le papier... Membre de l'association LibArty, et artiste peintre animatrice chez Happy Paint, mes deux leitmotivs qui sont " l'art et les rencontres" sont conduits par mon fidèle destrier l'impératif "ose ! " "Rencontrons-nous, osons, créons"

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