Vendue 1,2 million d’euros, Banksy détruit « Girl with Balloon »

Vendue 1,2 million d’euros, Banksy détruit « Girl with Balloon »

THE STREET ARTIST WITH THE MARKET

Le vendredi 5 octobre 2018 pourrait faire date dans la longue histoire de l’art. L’œuvre emblématique du street-artiste Banksy « La petite fille au ballon rouge » a été « détruite » à peine sa vente confirmée à 1,2 million d’euros, lors d’enchères organisées à Londres, par Sotheby’s. Un mécanisme avait été dissimulé par l’artiste lui-même, dans le cadre de ce pochoir, afin de réduire ce dernier à quelques bandelettes de papier… Si la stupeur est totale dans le milieu du marché de l’art, une double lecture est cependant nécessaire pour analyser ce « happening » d’un genre nouveau.

 

« Nous n’avons jamais connu cette situation dans le passé »

Un « événement » qui porte bien son nom donc, tant ce nouveau coup d’éclat du plus célèbre des anonymes fait grand bruit. D’abord parce qu’il s’agit d’une œuvre phare de Banksy et que cette vente venait égaler un précédent record, la voir partir en lambeaux sous les yeux et les caméras de l’élite de l’art contemporain est un acte fort, militant. Aussi donc, parce que le message est clair – à première vue – Banksy ne se collectionne pas… Ou tout du moins, son engagement à ne pas être collectionné est évident, pour un artiste qui refuse dorénavant toute collaboration avec n’importe quelle structure souhaitant l’exposer. En effet, les expositions de Banksy sont possibles aujourd’hui uniquement par les prêts de collectionneurs généralement privés.

Pour rappel, « Girl with Balloon » de son titre original, fut réalisée en 2002 par le street-artiste sur un mur à l’est de la capitale britannique. Elle fut détournée à de nombreuses reprises par Banksy lui-même, avant de dépasser la sphère des arts urbains en devenant un tatouage de la star internationale… Justin Bieber.

Girl With Balloon

Lors d’une conférence de presse, Alex Branczik, directeur du département d’art contemporain à Sotheby’s s’est dit avoir été « banksyé », avant d’ajouter : « Nous n’avons jamais connu cette situation dans le passé, où une œuvre est découpée en morceaux, juste après avoir égalé un record de vente pour l’artiste. Nous travaillons à estimer ce que cela peut changer à la vente aux enchères ».
Au delà de l’action, sans nul doute engagée, il peut planer aussi une forme de psychose avec les autres œuvres de l’artiste… Était-ce le seul cadre « piégé » ? S’il en existe d’autres, a-t-on le droit de « désamorcer » les mécanismes ? Ne serait-ce pas dénaturer le geste artistique ? Si en revanche il s’agissait bien d’un happening, d’un one shot, et non quelque chose que l’on peut s’attendre à voir se reproduire, peut-on vraiment parler d’engagement ? Car une autre évidence saute aux yeux… Cette vente à 1,2 million d’euros est probablement le plus bel investissement de la décennie en la matière !

 

Finalement en voulant s’attaquer au marché de l’art, Banksy joue le jeu plus que n’importe quel autre artiste

En détruisant sous les objectifs son œuvre – partiellement, le ballon restant intact –  à peine la vente conclue, Banksy pouvait difficilement plus théâtraliser cette performance. Passé du mur de Londres à la galerie, au musée, au tatouage, au symbole de pop culture, jusqu’à changer totalement de dimension, ce pochoir est devenu une sculpture, l’acte d’autodestruction faisant sens, l’œuvre bien que dégradée a changé de message… C’est une toute autre création, conceptuelle, dont la valeur a sans doute été décuplée une fois le mécanisme enclenché. Finalement en voulant s’attaquer au marché de l’art, Banksy joue le jeu plus que n’importe quel autre artiste, maîtrisant parfaitement les outils qui font ce qu’est le marché actuel de l’art contemporain. Il met en scène son travail, propose une histoire, et c’est cela qui vient d’être acheté, plus qu’un graffiti, plus qu’un nom que tout collectionneur souhaite posséder. Une date, un événement majeur qui restera gravé dans la mémoire collective. Probablement n’est-ce pas délibéré…

BANKSY INSTAGRAM

La situation n’est d’ailleurs pas sans rappeler les immenses collages réalisés par JR dans la favela Morro de la Providência en 2008, à Rio de Janeiro. De l’aveu même du Français, l’œuvre finale fut un pétard mouillé… Lui qui souhaitait jouer de sa notoriété pour attirer les regards du monde sur les conditions de vie dans ces quartiers, n’aura finalement obtenu que la fascination de la sphère trop peu influente du monde de l’art. Une sphère qui ressemble de plus en plus à un microcosme déconnecté de la réalité, faisant la sourde oreille devant les messages des artistes dont ils s’arrachent pourtant les créations, et dorénavant, les destructions.


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Photographe autodidacte et médiateur culturel de formation, Nicolas a son cœur à Dunkerque, la tête à Lyon et les pieds à Bordeaux. Originaire du nord de la France, il a travaillé pour le Frac après des expositions de RSF et de la Fondation Pinault. En 2017 il découvre Lyon en réalisant une série sur la friche Fagor-Brandt qu'il exposera à la Mairie du 7e dans le cadre des Nuits Sonores. Amoureux de la vie culturelle lyonnaise, il montrera ensuite son travail à la Taverne Gutenberg puis à l'Urban Art Jungle Festival de Superposition en février 2018. Aujourd'hui il poursuit son itinéraire photographique à travers l'Amérique du Sud, avec pour pied à terre, la Base sous-marine de Bordeaux.

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