Interview – Alpha Diallo a.k.a. Le Gros Tas de Zik

Interview – Alpha Diallo a.k.a. Le Gros Tas de Zik

Place Griffon un mardi matin à l’heure du café, impossible de passer inaperçu. Un geste de la main à droite, un sourire à gauche, une accolade en face… Aucun doute, Alpha Diallo n’est pas un inconnu aux yeux des lyonnais. Il se dit seulement compris par les disquaires japonais, mais il est surtout une image incontournable du hip-hop lyonnais.
Retour sur un 
échange vif et passionné avec la figure du Gros Tas de Zik.

 

Alpha, les lyonnais te connaissent notamment grâce à Nova Lyon et plus récemment par Le Gros Tas de Zik que tu développes, en quoi consiste ton quotidien ?

J’écoute de la musique sur internet, j’écris des articles et des paragraphes sur la musique que j’écoute en disant “ouais c’est cool”, je rentre des prochains concerts sur internet en disant “ouais c’est cool”, parfois je vais dans des émissions radio en me disant “ouais ce morceau il est cool”. Pour la partie plus sérieuse, globalement je suis animateur, chroniqueur, rédacteur radiophonique depuis plus d’une décennie. En ce moment je travaille principalement sur LGTDZ et sur divers médias qui traitent du hip-hop et du jazz.

 

LGTDZ c’est donc un webzine musical que tu as fondé et que tu continues d’alimenter, quelle est sa ligne éditoriale ?

C’est une question que je ne me suis jamais vraiment posé. C’est un truc qui s’est fait un
peu tout seul, au fur et à mesure. C’est un média qui tourne beaucoup autour des musiques
actuelles avec une prépondérance pour le hip-hop mais qui traite également du jazz et du
funk. On parle du groove actuel.

 

En tant que passionné, est-ce que tu pourrais citer quelques points importants de la formation du hip-hop et de son rapport avec les cultures urbaines ?

J’ai plutôt envie de dire que le hip-hop est une culture en soi, il n’y a pas d’un côté la musique hip-hop et de l’autre côté les cultures urbaines. Le hip-hop de manière pragmatique est une culture dans laquelle se retrouve plusieurs disciplines : le MCing qui se rapporte au rap, le DJing, le beatboxing, le breakdancing et les graffitis. Ces cinq éléments, ces cinq arts tournent autour du hip-hop. Ce qu’il faut retenir c’est que la forme première et instrumentale de la musique hip-hop ce sont des breaks de soul qui sont répétés sur des platines, c’est la base du DJing, ce qui a inspiré le scratch. Ensuite, c’est grâce à la modernisation et à l’évolution technologique que le mode de production musicale s’est développé avec l’acquisition des boîtes à rythme, des MPC, des samplers et séquenceurs.

 

Que penses-tu du fait que l’on parle du hip-hop comme étant un art urbain ?

Pour moi l’appellation “culture urbaine” ou “art urbain” finalement c’est un peu de la branlette car le hip-hop c’est un art qui existe déjà en tant que culture à part entière. On cherche à lui donner des catégories, à lui mettre des étiquettes alors le hip-hop se suffit déjà à lui-même.
C’est comme quand les gens parlent séparément de hip-hop et de rap alors que les deux font partie d’un même ensemble. Comme si tu entends quelqu’un dire “je n’aime pas le steak mais je préfère la viande”.

 

Pourtant on tend à catégoriser et hiérarchiser le hip-hop puisqu’il aurait inspiré le graffiti, qu’en penses-tu ?

À la base le mouvement hip-hop vient des block party de la fin des années 60 et début 70 dans le quartier de Harlem. DJ Kool Herc qui était un immigré Jamaïcain a ramené la culture des sound systems et des toasters au sein de la population locale qui était, elle, imprégnée de musique soul et funk. C’est de ce mélange qu’est née la culture hip-hop, elle s’est exprimée par de nombreuses fêtes de quartier où les gens se retrouvaient dans l’expression pure, sans aucun message politique. Beaucoup de personnes se trompent en pensant que le hip-hop était dès sa naissance un moyen de revendication populaire et politique.

 

Est-ce donc faux d’affirmer que le hip-hop était une façon de s’émanciper de sa condition d’immigré ?

C’est seulement une dizaine d’années après l’émergence des block party que les mouvements tels que la Zulu Nation ont imposé des règles et une identité bien précise au hip-hop, avant cela on pouvait parler d’un hip-hop neutre.

 

Le hip-hop est souvent associé à un art se déroulant dans un cadre extérieur et marqué par le graff ou le tag, est-ce que cela veut dire qu’il ne peut pas s’exprimer en intérieur ?

Je dirais que c’est comme n’importe quel autre art, d’un côté il y a la version institutionnalisée et de l’autre la version populaire. Finalement ce n’est que le reflet de ce que les gens en font, rien n’est universel et chacun possède sa façon et sa liberté de s’exprimer. A mes yeux on peut seulement juger un artiste par sa capacité à faire passer un message avec la technique qu’il emploie.

 

Selon toi, pourquoi hip-hop et rap ont souvent tendance à être distingués alors qu’ils viennent du même ensemble ?

Je pense que l’image du rap fait peur et qu’il est certainement plus simple de vendre de la musique urbaine que du rap dans l’industrie du disque. Pourtant il existe plusieurs écoles et codages dans le rap, quand tu prends le hip hop jazzy old school, le gangsta-rap, le crunk ou la trap, tous ces styles sont du rap destinés à des publics différents. Je pense que dans cette optique de séparation, on a tendance à faire la différence entre un rappeur qui va vouloir tout miser sur son texte en tenant des propos forts et un autre qui sera dans l’expression pure et dure de son quotidien.

 

Aurais-tu des adresses lyonnaises à conseiller pour partir à la découverte du hip-hop et du street-art ?
Un événement immanquable serait la Coulure à Villeurbanne qui organise annuellement des jam graffiti où se regroupent à la fois des danseurs, des DJ et des graffeurs. Finalement le hip-hop se retrouve partout, il suffit limite de se baisser pour le trouver tant il est autant utilisé à des fins de communication qu’à des expressions purement artistiques.

La Coulure est également sur Facebook et Instagram.

 

Propos recueillis par Léa Rochon.

Jeune journaliste en formation dont la curiosité n'est jamais totalement assouvie. Gambade entre Paris, Lyon et Clermont-Ferrand. Possédant un certain rapport intime avec le micro et l'appareil photo.

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