L’histoire du Hip-hop vécue et expliquée par l’artiste NOMAK 76

L’histoire du Hip-hop vécue et expliquée par l’artiste NOMAK 76

Aujourd’hui, je rencontre NOMAK 76, alias O.G.S, pour parler du Hip-Hop, cette culture urbaine qui rassemble plusieurs disciplines artistiques.

Nomak, en quelques mots qui es-tu ?

« On me prénomme Nomak 76 alias O.G.S pour Original Gône Sta’ (« Gône Star » en résonnance à «Gangsta»), certains rappeurs locaux s’étant même réappropriés le terme « Original gône », renforçant ainsi mon rôle d’influenceur et notre amour pour la ville de Lyon.

Tout débute en 1990, avec l’un des premiers Crews  lyonnais, TGC (Théo Ghost & Compagnie) qui m’a intronisé au sein du TGC junior. Après avoir baigné dans le milieu de la danse et du graff, le rap a pris une part plus grande et à l’âge de 17 ans j’ai été pris sous l’aile de Giacomo Spica du groupe «Mezzo» (Jazz/Rap/Latino) au sein du label «Crossroad Artists » où j’ai formé mon premier groupe de Rap «FMR» (Fonctions Multiples du Rap). Depuis, je n’ai cessé d’évoluer au sein de la scène Hip-Hop française, en participant à des Mix-Tapes et en sortant mes albums à travers d’autres labels. En 2001, avec 3 de mes acolytes, j’ai d’ailleurs monté mon premier label «Samsara.prod». Puis, on a produit des artistes américains, d’Atlanta notamment et beaucoup de groupes lyonnais (réalisation de clip-«Miasto-Mecs de Villeurbanne» en featuring avec Balir-Npr, Okrika, B.O.B, T.G.OX de IPM).

Après avoir sorti mon «Album Collector Gn’G» en 2012,  j’ai créé ma filiale «E-Niggamatic.Vision» en collaboration avec N.A.F.K (CA-USA) et FunkyMaestrOne rencontrés au Canada. Dernièrement, j’ai participé aux scènes locales tout en travaillant sur mes 2 prochains albums, la première sortie étant pour fin 2018. »

As-tu commencé par le Graffiti ou le Rap ?

« Tout d’abord, qu’est-ce que le Hip-Hop ? C’est cette culture constituée de quatre disciplines : la danse (Breaking), le Djing, le Rap (MC=Maître de Cérémonie), et le Graffiti, ces deux dernières étant additionnelles, je les ai toujours conciliées ensemble.

Pour ma part, j’ai commencé par la danse, un vrai kiff, puis le graff’ à l’âge de 13 ans, pour finalement  évoluer naturellement vers la musique à l’âge de 17 ans avec le label Crossroad Artists au CCO de Villeurbanne. Il a été l’un des premiers à introduire et à permettre à des groupes comme Assassin, ou NTM de se produire à Lyon. Avec toujours en toile de fond l’histoire de la musique, et en nous offrant la possibilité de tout restituer dans le Hip-Hop, ce centre nous a ouvert les portes de l’Art et de la Culture tout en flirtant avec d’autres courants musicaux et artistiques jusqu’alors bien loin de notre background. Et il faut l’avouer, à cette époque, c’était plus facile, les managers venaient spontanément à ta rencontre après les concerts pour te proposer des contrats de production. »

 

2002-Réalisé par Erpi | Graphiste & Graffeur| Photographie Delphine pour Samsara.prod

 

Comment le Hip-Hop et le Graffiti sont apparus en France?

« Le Hip-Hop est né aux USA dans les années 70 en pleine crise pétrolière et à travers l’histoire des gangs qui  a eu des répercussions dans les quartiers de Harlem, du Bronx, des Queens et à L.A en Californie. Les principales activités des gangs étaient liées à la drogue, la prostitution, et autres pratiques destructrices pour les populations latino-américaines et afro américaines des quartiers sinistrés, voir désertifiés. Mais c’est là où tout se tramait…

C’est Afrika Bambaataa, DJ américain natif du Bronx, qui a fondé les premières bases du mouvement avec la «Zulu Nation». Suite au décès de l’un de ses meilleurs amis du même clan, il prend conscience de l’aspect mortifère des Gangs. Il décide alors de promouvoir une culture alternative, constructive, fédératrice et positive en faveur des jeunes issus des banlieues, où la violence serait sublimée par 4 disciplines artistiques (d’où la présence des termes  «Crew, Posse, Prose et Danse Combat» dans la culture urbaine). Les jeunes avaient donc le choix de se tourner vers les gangs ou vers l’art afin d’être acteur de leur scénario de vie. Lorsqu’il est arrivé à Paris en tant que Dj au Globo dans les 80’s, la France a connu une véritable émulation pour ces nouveaux rythmes teintés d’électro, de Funk et ces styles de danse «Le break, Smurf, Boogaloo…».

En parallèle, le graff’ est une mouvance qui a débuté intra-muros dans les grandes villes américaines et notamment avec les premiers graffeurs dans les 70’s tels que Zorro, Dondi (R.I.P), Taki 183, Tracy 168 ou Stay High 149 (pseudonymes suivis de leur numéro de rue) et plus tard, dans les 80’s, Seen et Hex (côte ouest des USA). De grandes fresques sur les trains sont apparues avec  ce qu’on appelle les «pieces» : lettrages, personnages, décors urbains. Cette mouvance s’est simultanément inscrite à travers la musique notamment avec la chanteuse Pop des années 80 : Blondie et ses featurings avec Jean Michel Basquiat, successeur de la Pop Culture et de la mouvance «Velvet Underground» d’Andy Warhol avec qui il a collaboré. »

 

Quel est le lien entre le Rap et le Graffiti ?

« Rythme et rapidité d’exécution représentent ces deux moyens d’expressions scandés, sauvages, libres et libérés de toute contrainte. La liberté est alors indéniablement le trait d’union entre le graff’ et la musique qui offrent une véritable émancipation sociale. Cette liberté s’observe dans le chant avec le «freestyle», mais également dans les sonorités du «free jazz» des années 40-50 qui s’efforçait de sortir des carcans académiques pour étoffer son propre style.

Graffeurs, tagueurs, rappeurs,  se voient comme des héros urbains qui racontent leur histoire et leur vision du monde, ce qui est d’ailleurs intéressant d’un point de vue sociologique pour un art qui est né de la violence. Déjà à l’époque, même si elle émanait de la classe populaire, la culture Hip-Hop avait pour vocation d’éveiller les consciences ; notons le groupe français «Assassin», en 1993, avec leur titre « Sauvons la planète ! », premiers rappeurs à soulever les problèmes écologiques sur lesquels nous trébuchons aujourd’hui!

A Lyon, fin des années 80, je me souviens encore de mon admiration pour ce premier graff’ réalisé par les TWA (True We Are) sur la fameuse tour d’HLM du quartier «Démocratie» des Minguettes. La scène représentait des personnages colorés et jeunes, comme moi, du jamais vu à l’époque! Un véritable chef d’œuvre dont l’objectif était d’apporter du rêve à cette jeunesse mise au ban de la société. Une façon prosaïque de redonner un peu d’humanité à ces endroits tristes et dépourvus de structures encadrantes. »

Quelle était la réaction des passants face à ces 1ers graffitis ?

« Au lieu d’aller vendre des barrettes de shits, les jeunes décoraient le paysage urbain, ce qui permettait de rallier toutes les générations. Il y avait les admirateurs et les détracteurs. Quand le graffiti a commencé à se propager dans la ville, un problème de politique urbaine est apparu. D’ailleurs, à l’époque, on nous appelait les Zoulous, mais contrairement au sens originel, c’était une manière de nous stigmatiser et dénigrer les jeunes issus des banlieues, vus comme troublions du centre- ville. »

Le Graff’ a-t-il évolué ?

« Le Graffiti a progressivement touché toutes les classes sociales et s’est totalement démocratisé. Dans les 90’s, une vraie collaboration est née entre les acteurs sociaux (MJC, mairies..) et les artistes. Alors que certains puristes  considéraient que cet art devait rester dans l’anonymat, les aficionados ont voulu l’enseigner. Des ateliers  tenus par des graffeurs sont alors apparus et j’ai moi-même donné des cours dans lesquels l’aspect historique faisait partie intégrante de l’initiation.

Des jeunes se sont même lancés dans des écoles d’art (Emile Cohl par exemple), ce qui explique le style graphique de certains personnages proches de ceux que l’on retrouve dans les livres d’illustrations. Les publicitaires également, n’ont pas hésité à agrémenter leurs publicités de quelques graffs afin de communiquer auprès des plus jeunes, leur «cœur de cible».

Avec l’arrivée de l’informatique, des logiciels de graphisme et de la PAO,  certains graffeurs se sont même spécialisés dans le visuel des pochettes d’album, nécessitant néanmoins une vraie culture visuelle et musicale. »

Quelle est la particularité de ce style pictural?

« L’artiste débutant dans les crews commence par le Tag, puis perfectionne son lettrage pour évoluer vers la fresque graffiti et ainsi faire son « auto promotion », technique qui sera reprise par les boites de com’ avec le street marketing.

Lors de mes études en communication, j’ai découvert que le pointillisme de Van Gogh (technique consistant à juxtaposer des touches de couleurs pour représenter un paysage) était en étroite corrélation avec la technique de la bombe aérosol qui n’est autre que la juxtaposition de pigments d’acrylique par vaporisation.

Le Hip-Hop est l’art de la récupération. Tout comme la musique Hip-Hop était construite à partir d’échantillons d’autres styles musicaux (sampling), les graffeurs utilisaient autrefois des bombes aérosols pour la carrosserie automobile. Une des techniques consistait à fixer des seringues sur les embouts pour obtenir des traits fins. Actuellement, le marché s’est adapté avec la vente d’embouts aux jets de différentes tailles (Fine ou Fat Caps), mais tout comme dans la calligraphie arabe ou le sumi-e, seul un geste contrôlé et précis permet un rendu impeccable. Les TWA avec CEN, ROBBIE, DON (Lyon) ou encore JON156, LOKISS, BANGA (Paris) étaient parmi les premiers à exceller dans cette technique.

L’outil donne la forme visuelle, la forme visuelle donne le style pictural. »

 

Actuellement quels sont tes projets ?

« Mon prochain album intitulé «  Street Kitchen » est sur le point de sortir sur les diverses plateformes de distribution. Il a été réalisé entre la France et le Canada avec la participation de plusieurs artistes confirmés, que j’affectionne pour leurs qualités non seulement artistiques mais également humaines.

Cet opus est une manière de faire honneur à toutes les musiques qui m’ont influencé, du rap West Coast au jazz, en passant par la funk des 70’s & 80’s, le RNB, la soul, ou encore le blues de la Nouvelle Orléans. Dès les années 90, j’ai été un des premiers artistes à me démarquer de la scène Hip-Hop avec l’utilisation de synthé, cuivres, guitares électriques et de la TalkBox à la «Zapp-Roger Troutman». Ma formation Jazz-Funk et l’influence musicale de mes frères et sœurs ainés (Funk, New Jack, Reggae, New Wave) ont beaucoup participé à mon orientation musicale.

Cet album s’adresse à tous, car j’ai toujours voulu parler au monde entier. Le rap est mon premier moyen d’expression mais je suis avant tout un artiste ; je traite mes sujets avec humour, amour, passion et parfois avec cynisme. J’aborde le relationnel, le problème de la différenciation des sexes, de la famille avec ses héritages et ses ancrages, des nœuds à défaire. Je parle de moi, et de mes choix de vie à travers le sillon musical. »

Pour conclure, quel serait ton message aux jeunes qui débutent une carrière musicale?

« Ne vous laissez pas influencer par les médias et les schémas imposés par les standards des industries culturelles (euphémisme!). Inspirez-vous de certaines tendances mais ne vous les appropriez pas. Creusez votre propre sentier et sachez créer votre identité, vous l’avez en vous, elle se construira à travers vos expériences, vos rencontres, vos audaces ! On passe trop souvent à côté de ce que l’on pourrait découvrir de soi-même: curiosité et ouverture d’esprit sont les maîtres mots.

L’artiste est l’enfant de son propre art, il offre une vue sur son monde, vous devez puiser dans la sève brute de vos propres expériences, pour retransmettre cette essence dans vos réalisations. On l’a bien compris, quand l’industrie s’empare d’un phénomène underground, il perd toute son authenticité.

Il n’existe pas qu’une seule façon d’écrire ou de rapper, l’écriture comme le flow est un jeu, alors puisez dans ces différents moyens et surtout, faites-vous plaisir !

Enfin, n’oubliez pas la scène, car c’est sur scène que vous pourrez faire tomber des cœurs. »

 

 

Gribouillant à mes heures perdues à Lyon, originaire d'Ardèche, mais citoyenne du monde avant tout, j'ai toujours porté en moi de nombreuses aspirations artistiques. Cependant, persuadée de mon incompétence, plus mon imagination me hurlait des mots doux, plus je m'astreignais à mettre mes ardeurs à la porte de moi même. Puis, les rencontres, les voyages, le hasard, la vie m'ont embarquée dans cette valse artistique spontanée et rythmée par le pouvoir de l'écriture , du dessin, de la peinture, de la musique...depuis je ne cesse de m'abandonner dans un monde onirique, sibyllin, végétal et poétique à travers le textile, la poterie, le bois ou le papier... Membre de l'association LibArty, et artiste peintre animatrice chez Happy Paint, mes deux leitmotivs qui sont " l'art et les rencontres" sont conduits par mon fidèle destrier l'impératif "ose ! " "Rencontrons-nous, osons, créons"

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