Skate Station #2 Inking Board : le skate rencontre le tattoo

Skate Station #2 Inking Board : le skate rencontre le tattoo

Interview réalisée par Pascal Bagot

Demander à 16 tatoueurs lyonnais de s’approprier le support en bois brut de la planche de skate pour illustration, c’est l’idée lancée par Stéphanie Meyer (galerie SITIO par Superposition à Lyon) et Romain Hurdequint, (rédacteur en chef du blog The Daily Board) à l’occasion de la 2e édition de leur projet : Skate Station. Intitulée : Inking Board, l’exposition met ainsi en lumière la versatilité créative des artistes tatoueurs, mais aussi la richesse des univers graphiques qui irriguent aujourd’hui la culture du tatouage contemporain. Des oeuvres à découvrir jusqu’au 26 janvier 2019 chez Sitio.

Tatoueurs/ses participants : Kid Nowe (Nowe Electric Tattoo Biribi) ; Noka (Noka Blossom Tattoo Collective) ; G.Rom (G.rom Tattoo Shop ) ; Strange Dust (Strange Dust Black Horns) ; Gaguthe (Gaguthhe Viva Dolor) : Pas de Veine (Pas de veine Viva Dolor) ; Gladys to Meet You ( Gladystomeetyou Piqueur de Rue) ; Quentin Aldhui (Quentin Aldhui Tatouage Hello Darkness) ; Mathias Bugo (Artribal Tatouages) ; Carlito (Carlito tattoo Artribal) ; Marc Bonz (Mile Ends) ; Laurent Claveau ; Hozho (HOZHO ART Tattoo Station) ; Side (Sidetattooing People’s Temple Tattoo) ; Pandido (Pandido Tattooing People’s Temple Tattoo) ; Krap (Krap/Crap Pandaemonium).

G : Mathias Bugo / D : Gaguthe ©PBagot

La première édition de Skate Station s’était concentrée sur le skate art avec l’exposition de 300 planches issues de la collection d’un passionné – Dimitri Jourdan, pourquoi cette fois-ci inviter le milieu du tatouage ?

Romain : Le tatouage nous fascine tous les deux ; en ce qui me concerne, il me vient beaucoup du skate. Les premiers mecs tatoués je les ai vus dans des vidéos quand j’ai commencé, et j’ai trouvé ça passionnant. Pour ce second volet, pour lequel nous voulions des graphismes originaux, l’idée est alors née de solliciter des artistes tatoueurs. La planche est un support qui change, nous ne souhaitions pas imposer de thématique, c’était aussi une opportunité de les rassembler. Nous avons sélectionné 16 tatoueurs lyonnais représentant des styles bien définis : du traditionnel old school au japonais, en passant par le naïf ou le black work, etc. A chacun nous avons confié la réalisation d’un diptyque composé de deux planches de bois brut.

Stéphanie : Il y a ce rituel dans le tatouage que j’aime bien, l’idée d’aller au-delà de soi. Certains vont le faire spontanément, d’autres auront une démarche plus réfléchie. J’aime ces questionnements qui traduisent la diversité des approches.

Romain Hurdequint devant le diptyque de Hozho. ©PBagot
Stéphanie Meyer devant le diptyque de Marc Bonz

Quels étaient vos objectifs avec ce projet ?

R : Montrer la créativité et son expression, sur des supports différents de ceux sur lesquels elle le fait habituellement. Nous voulions aussi mettre en avant le foisonnement artistique local, en faisant appel aussi bien à des tatoueurs confirmés, comme Matthias Bugo ou G.Rom qui ont plus de 15 ans de métier, qu’à des jeunes talents comme Side ou Krap/Crap. Nous voulions répondre à cette question : que se passe t-il aujourd’hui dans le milieu du tatouage?

Quel était le brief de départ pour les tatoueurs et quelles surprises avez-vous eues à la réception des planches ?

Ils avaient pour consigne de peindre sur la planche comme ils le feraient sur la peau. Ils avaient 4 mois. Au final, certains sont restés dans le cadre, d’autres pas et sont allés là où on ne les attendait pas ; Mathias par exemple, ou encore Noka avec le traitement de son Daruma (moine fondateur du bouddhisme zen, mais aussi figurine porte-bonheur, ndlr). Cela m’a rendu encore plus heureux. On sait que les tatoueurs dessinent beaucoup mais, cette fois, ils ont été obligés de le faire autrement compte tenu du format particulier de la planche. Les tatoueurs ont passé beaucoup de temps sur ce projet et certains se sont même heurtés à une phase de tests et d’échecs consécutives aux contraintes spécifiques du support, et tout particulièrement la porosité du bois. Il a fallu trouver autre chose. Le résultat donne à voir une diversité de styles incroyable ; même deux personnes inspirées par l’old-school traditionnel ou le japonais ont livré des rendus très différents.

S : Et puis le résultat est plus grand qu’un tattoo, c’est chouette de jouer à cette échelle. On a voulu montrer des histoires particulières, chacun avec son style ; ça fait du bien de les exposer en galerie. Chaque tatoueur était ainsi libre de son orientation. Ainsi, Hozho a voulu parler de skate et rendre hommage au graphisme des années 90 en associant le motif de la main hurlante de Jim Philips au Reaper, dans un traitement japonais ; G.Rom a fait un clin d’œil à la planche d’un skater dont il était super fan et qu’il a eue dans sa jeunesse (le ketchup en haut à gauche sur la board). D’autres ont transposé leur univers sur le support.

R : Mais ces planches ne sont pas faites pour être skatées ! Non, ce serait trop dommage. On a envie de montrer que ce sont de véritables tableaux, des tableaux d’art. Et si ça marche ici, on se prend aussi à rêver de transposer le projet dans d’autres villes, d’autres pays. Pourquoi pas en Californie ?

G: Laurent Claveau / D: Pandido ©PBagot

Lyon est une place forte du skate en France -certains disent même qu’elle en est la capitale – ainsi que du tatouage, quels liens entretiennent ces milieux ?

R : Je dirais que Lyon, maintenant, a tendance à perdre sa première place au profit de Paris. A l’époque de Cliché (skateur lyonnais), Lyon était vraiment incontournable : les marques US venaient très souvent ici. Mais c’est de moins en moins le cas. Depuis tout ce qui s’est fait à la place de la République à Paris, la situation a changé.

S : Il y a beaucoup de personnalités fortes dans le skate comme Jérémy Daclin (anciennement Cliché), Julien Bachelier (Antiz) et dans le tatouage comme Jean-Luc Navette, Mathias Bugo qui ont posé des institutions, qui inspirent les jeunes générations parce qu’ils ont su transmettre leur savoir. Le lien entre les deux scènes est évident : les skateurs aiment se faire tatouer, ils viennent dans les salons depuis longtemps ; et les tatoueurs skatent. Le skate était un peu fermé il y a quelques années à Lyon, mais les jeunes se le sont appropriés, les shops s’ouvrent. On se rend compte aussi que beaucoup de skateurs tatouent. Le foisonnement est énorme et ils font la preuve d’une maîtrise impressionnante ; beaucoup sortent d’écoles d’art.

S’il fallait trouver des points communs entre le skate et le tatouage, quels seraient-ils ?

R : Les croutes, l’appropriation de quelque chose, que ce soit l’espace urbain ou la peau ; l’idée de forger son identité aussi. Ce sont des cultures qui s’aiment, on peut parler d’une sorte de « bromance ».

S : Il y a une prise de risque pour certains et l’idée d’aller au-delà de soi-même. Side le dit bien : il s’est pris plein de tôles en faisant du skate, mais malgré tout, au-delà du fait d’avoir mal, il y est toujours retourné.

Stéphanie et Romain devant la fresque de Carlos Olmo ©PBagot

Interview réalisée par Pascal Bagot, journaliste
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